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Le jour où j’ai appris à dompter mon syndrome de l’imposteur

Le syndrome de l’imposteur ne disparaît pas avec l’expérience. En construisant ROGUESTUDIO, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas de le surmonter, mais de le structurer.

L’illusion de la légitimité

Pendant longtemps, j’ai cru que le syndrome de l’imposteur était le signe d’un manque. Manque d’expérience, manque de légitimité, manque de reconnaissance. À chaque nouvelle responsabilité, le doute ne disparaissait pas. Il se déplaçait. Plus les enjeux devenaient importants, plus la sensation d’être en décalage s’installait. Comme si, à tout moment, quelqu’un allait constater que je n’étais pas encore totalement à la hauteur du rôle que j’occupais.

Ce sentiment ne surgissait pas dans l’échec. Il apparaissait dans la progression. Lorsque je franchissais des caps, lorsque les projets devenaient plus stratégiques, lorsque les discussions exigeaient davantage de précision et de profondeur. Paradoxalement, la croissance amplifiait le doute.

Une partie de cette tension se cristallisait autour de la technique. J’associais inconsciemment la légitimité à la capacité de tout comprendre, de tout savoir, de tout expliquer sans hésitation. Avec le recul, cette lecture était incomplète. L’enjeu n’était pas un manque de compétence, c’était l’écart entre l’ambition et la structure qui la soutenait. Je ne le savais pas encore, mais le problème n’était pas le doute. C’était le sens que je lui donnais.

Ce que je croyais être le problème

Mon parcours n’était pas académique au sens traditionnel. Un CFC de commerce. Un diplôme SAWI en communication et marketing, obtenu en partie pour crédibiliser une trajectoire déjà engagée. Pas d’école prestigieuse. Pas de titre institutionnel lourd. En revanche, beaucoup d’expérience acquise tôt, parfois plus vite que ce que mon âge ou mon CV semblaient autoriser.

Pendant longtemps, j’ai interprété mon doute à travers ce prisme. Je me disais qu’il me manquait quelque chose de formel. Une validation supplémentaire. Une reconnaissance extérieure qui viendrait sécuriser ma position.

À cela s’ajoutait une autre tension, plus technique. J’étais persuadé que la légitimité passait par la maîtrise exhaustive des sujets. Alors j’ai appris. Beaucoup. Des nuits entières à décortiquer des aspects techniques, à comprendre des systèmes. De moins en moins par curiosité, surtout par besoin de me rassurer. J’accumulais des compétences en pensant qu’en réduisant chaque zone d’incertitude, le syndrome disparaîtrait.

Sur le moment, cela donnait l’impression de progresser. En réalité, je cherchais surtout à combler une insécurité. Chaque nouvelle compétence rassurait temporairement, mais la barre intérieure se déplaçait aussitôt. Je confondais expertise technique et légitimité stratégique. Je pensais que pour diriger, il fallait tout maîtriser. Je donnais au savoir une place qu’il n’avait pas à occuper.

Ce qui était réellement en jeu

Ce qui était réellement en jeu, c’était un décalage entre la vitesse de croissance et la structuration du rôle que j’occupais. Les projets devenaient plus ambitieux, les décisions plus engageantes. Mais intérieurement, je fonctionnais encore comme si je devais mériter chaque centimètre de terrain. Je me comportais en exécutant surqualifié au lieu d’assumer un rôle de dirigeant.

C’est une nuance fondamentale. Un exécutant cherche à prouver qu’il sait faire. Un dirigeant s’assure que les choses sont bien pensées, bien cadrées, bien organisées. L’un accumule des compétences. L’autre construit des systèmes.

La vraie tension venait de là: nous changions d’échelle sans nous en rendre compte, et le doute était la seule façon dont ça se manifestait. Le syndrome de l’imposteur ne signalait pas une incompétence. Il signalait un changement d’échelle que nous n’avions pas encore digéré

La bascule (et ce qu’elle a changé chez ROGUESTUDIO)

Le changement ne s’est pas fait en un jour. La bascule est venue lorsque nous avons cessé de vouloir prouver et que nous avons commencé à nous structurer.

Au lieu d’accumuler des compétences pour réduire l’incertitude, nous avons commencé à créer des cadres pour absorber la complexité. Formaliser notre manière de penser et de décider. Clarifier les rôles. Documenter ce qui reposait jusque-là sur des réflexes individuels en systèmes collectifs.

Le syndrome de l’imposteur prospère dans le flou. Il se réduit dans la clarté.

Plus l’agence devenait structurée, plus le doute diminuait. Je ne savais pas davantage, je savais simplement où j’étais utile. L’autorité venait de la cohérence, pas d’une démonstration permanente.

Nous n’attendons pas de nous sentir légitimes. Nous agissons malgré le doute, pas après sa disparition. Et c’est exactement ce principe qui guide aujourd’hui la façon dont nous travaillons avec nos clients chez ROGUESTUDIO. Nous ne cherchons pas à être impressionnants. Nous cherchons à être clairs, cohérents, structurants. Pour eux comme pour nous.

Le doute reste un signal utile. Il indique qu’un nouveau palier est en train d’être franchi. La différence, c’est qu’il n’est plus interprété comme une preuve d’incompétence. Il est devenu un indicateur d’expansion. Et depuis que nous avons compris cela, il a cessé d’être un frein.

 

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